Festival In&Out : Rencontre avec Thomas, programmateur des Courts Métrages

30/04/2014

Lors de la journée dédiée au Portugal du Festival In & Out, le Festival du cinéma Gay et Lesbien de Nice, nous avons rencontré Thomas, programmateur des séances de court métrages du festival. Il nous parle de sa sélection et du festival.

NiceGay : Bonjour Thomas. Peux-tu nous parler de ton travail autour du court métrage ?

Thomas : Bonjour. Par définition, un court métrage, c'est un film qui dure entre une et cinquante neuf minutes. On est parti du principe qu'un film qui durait plus de 45 mn méritait une séance à lui tout seul, on a donc réunit des films de moins de trente minutes dans une séance.
Pour ce qui est des sélections, nous avons d'abord la traditionnelle séance un peu mixte «Short en Queer ». Comme chaque année, on essaie de montrer au public ce qu'on a pu trouver de mieux et ce qu'on nous a proposé de mieux sur l'année, que ce soit dans différents festivals, Berlin, « Chéries-Chéris » à Paris ou « Pink Screens » à Bruxelles.

Concernant le choix des films, la difficulté, c'est qu'il y a une production de courts métrages beaucoup plus importante que les longs métrages. On reçoit beaucoup de films, on en découvre dans d'autres festivals, certains sont exposés dans des galeries d'art, des étudiants qui sortent d'écoles de cinéma qui nous soumettent leurs films, et même des réalisateurs qui n'ont aucune connaissance du monde du cinéma, mais prennent une caméra pour filmer à l'instinct.
Du coup, quand on se retrouve confrontés à tant de films, qu'il faut faire un choix. Etrangement, on ne définit pas vraiment de règles.
Par exemple, la durée n'est pas vraiment un critère, mais les sujets abordés, oui. Il faut aussi faire attention à ne pas créer des séances de 6 heures, et qu'une forme d'homogénéité soit présente dans les films d'une même séance, c'est pour cela que l'on a des séances dédiées à Antonio Da Silva et Antony Hickling afin de ne pas les inclure dans une sélection « mixte ».
L'année dernière on avait reçu de la part d'Anthony Hickling la première partie de son triptyque, et comme le travail était assez intéressant, on ne voulait pas montrer juste une partie, et la noyer dans d'autres films, donc on a préféré attendre un an qu'il ait fini la troisième partie afin de montrer quelque chose de très intéressant. C'est également ce qui s'est passé avec Antonio Da Silva qui a une production assez spécifique et aussi intéressante, mais qui se comprend mieux dans son intégralité, donc on a contacté Antonio Da Silva qui nous a dit qu'il avait en réserve deux films, un qui est sorti à la fin de l'année 2013, et un qu'on a en avant-première puisqu'il n'a pas encore été diffusé dans aucun festival
Ensuite, pour les deux autres séances, un « mix Portugal » nous a été proposé par João Ferreira, le programmateur de « Queer Lisboa », et la seconde, c'était pour suivre le travail de João Pedro Rodrigues et João RuiGuerra Da Mata qu'on avait déjà invité lors des secondes rencontres. Chez In & Out, on a l'habitude de suivre des réalisateurs et c'était l'occasion de les retrouver.


NG : En dehors de la durée, est ce que le format « court » implique que l'on y trouve des choses que l'on ne retrouve pas dans le cinéma de long métrage ?

T : Ce qui est intéressant, c'est que l'on voit beaucoup se développer les séries, qui permettent aux scénaristes de faire durer leurs intrigues sur un temps très long, alors que le réalisateur de court métrage va au contraire se limiter à quelques minutes. En particulier cette année, on diffuse deux très courts métrages, qui durent moins de deux minutes, où la précision de la part du réalisateur est indispensable pour qu'il puisse dire ce qu'il veut dire. La concision est donc primordiale, et c'est une contrainte en elle même.
Ce qui est intéressant, c'est qu'on voit de temps en temps des courts métrages adaptés ensuite sur un format long, et l'on se rend compte parfois que 15 minutes suffisent, et que c'est juste ce qu'il faut pour délivrer un message ou raconter une histoire.


NG : Pourquoi avoir mis le Portugal à l'honneur cette année ? Au hasard des rencontres avec le festival « Queer Lisboa » ?

T : Chaque année, on décide de mettre le focus sur un pays en fonction de la production de chaque pays, et non pas par hasard.
Il s'est trouvé qu'on avait en projet de faire venir Antonio Da Silva depuis l'année dernière, puis on a trouvé le film « E Agora - Lembra Me » qui était assez fort, et que l'on voulait aussi le programmer. on avait des contacts avec « Queer Lisboa », il nous tenait à coeur de faire revenir João Pedro Rodrigues pour qu'il nous présente ses courts métrages ainsi que « la dernière fois que j'ai vu Macao » qu'on n'avait pas pu diffuser à Nice, mais qu'on avait diffusé sur Cannes. 

Tous ces éléments mis bout-à-bout nous ont montré qu'on avait une bonne partie de notre sélection issue du cinéma Portugais et il nous a semblé naturel de faire quelque chose autours de ça.


NG : Peux tu nous parler plus particulièrement de la séance dédiée à Antonio Da Silva ?

T : Il s'agit de cinq court métrages séparés. Antonio Da Silva réfléchit beaucoup sur la sexualité masculine, sur le corps. On va donc retrouver des archétypes de physiques d'hommes (les roux, les « daddies », les hommes d'affaires en costume, etc.) Seul « Julian » sort du lot puisqu'il s'agit d'une romance dans laquelle on retrouve un fil conducteur, une histoire. Concernant les autres, « mates », « Bankers », « Gingers » et « Daddies », ce sont des films centrés sur une idée très précise, et en juxtaposant des images d'hommes correspondant à ces archétypes, il arrive à montrer autre chose. Je pense à « Mates » dans lequel, sans monter de visage, il montre une forme d'universalité et de constance des relations sexuelles rapides et sans suites par les application de « chat » gay.

NG : Plus largement, qu'est ce qui peut motiver les azuréens à venir à ce festival ? pourquoi quitter son canapé ou son multiplex ?

T : Le festival est évidemment ouvert à tous, même si le thème central du festival est gay et lesbien. En effet, on n'a plus besoin de « s'excuser » ou de se justifier de présenter des films avec ces thèmes, puisqu'on peut voir dans la production généraliste des films qui abordent eux aussi ces sujets.
je pense évidemment à « la Vie d'Adèle » ou « Les garçons et Guillaume, à table ».
Ensuite, c'est l'occasion de réfléchir, de découvrir des situations qu'on aurait pas imaginées et qui existent, de rencontrer des réalisateurs, des acteurs. Il y a eu des rencontres passionnantes, en particulier cette année avec Antony Hickling et Manuel Blanc qui sont venus présenter « Little Gay Boy Trilogy », ou encore Tina Fichter qui viens de présenter son documentaire « je suis lesbienne - Montreal ». Enfin des échanges très intéressants entre le public et les réalisateurs.
Ce qui peut motiver à venir au festival, c'est aussi le fait que tous les films ne sortent pas à Nice. On propose des avant premières comme « la Dune » qui n' a pas encore de date de sortie définitive en France, mais aussi des films déjà sortis comme « Qui a peur de Vagina Wolf » qui fera la cloture du festival qui n'a pas été programmé à Nice lors de sa sortie en salles.

NG : Merci Thomas, et on souhaite que beaucoup de Niçois et d'Azuréens viennent eux aussi découvrir les films sélectionnés.

Vos Commentaires

Connectez-vous pour ajouter un commentaire :
Ou créez votre compte : devenez membre